You have reached your viewing limit for this book. Indépendamment de cet héritage et des sentiments de son président, la relation de la France à lAllemagne est emplie dambiguïtés et de malentendus, au premier rang desquels le lien avec les deux Grands. Bonn joue la carte française pour combler les manques de lalliance américaine ; Paris joue la carte allemande pour tenter de faire contrepoids à lhégémonie des Etats-Unis au sein du bloc occidental. LAllemagne veut donc développer la coopération franco-allemande en matière de défense, mais ne peut aller très loin dans la mesure où elle appartient à lorganisation militaire de lAlliance atlantique et où sa sécurité passe avant tout par Washington. La France voudrait voir Bonn sengager dans une défense bilatérale et européenne plus autonome de lOTAN, ce que celle-ci ne peut accepter. Mais surtout, la France a parfois une position paradoxale. Elle souhaiterait que lAllemagne soit capable de sémanciper de la tutelle américaine, notamment sur les questions de défense, mais, en même temps, si elle donne des signes déloignement vis-à-vis des Etats-Unis, alors Paris sen inquiète, comme cela fut le cas en 1981-1983 à propos des euromissiles, lorsque se développait outre-Rhin un très fort courant pacifiste. On touche ici à la problématique des rapports de Bonn avec Moscou et au double problème allemand, celui de la sécurité et de lunité. La peur de Paris est bien que la République fédérale, craignant pour sa sécurité et cherchant le chemin vers son unité, ne soit tentée de se rapprocher de lURSS, qui pourrait finalement accepter la réunification contre la neutralisation de lAllemagne. Or, ceci mettrait en péril la sécurité de la France elle-même dans la mesure où une dérive neutraliste de lAllemagne la placerait en première ligne face à lUnion soviétique. 19LÉlysée commit surtout une erreur qui fut, au fond, à lorigine de la plupart des malentendus et grincements entre Bonn et Paris au cours de lautomne et lhiver 19891990 : cest lerreur de jugement sur les chances de succès des réformateurs est-allemands et sur lissue probable des élections pour la Chambre du peuple. Le résultat de ce vote des Allemands de lEst le 18 mars 1990, massivement en faveur de la réunification allemande, a certainement été le vrai tournant aussi chez F. Mitterrand, un dégrisement et un retour au réalisme M. Gorbatchev donna encore longtemps des signes dindécision, jusquà la rencontre dans le Caucase. Mais le 25 mai 1990, il indiqua à F. Mitterrand en visite à Moscou que, dans les faits, la réunification était un fait acquis. Et son nom évoque, en effet, une certaine rudesse ; si on y ajoute le fait que seul le gel.. Trente ans après, Paris et Berlin ont moins besoin de gestes de réconciliation que de projets politiques communs. Dimanche à Verdun, François Hollande et Angela Merkel peuvent renoncer à produire limage qui restera dans la postérité. LEurope ne demande pas des symboles mais des solutions aux diverses crises qui la frappent. Et, face à ces défis, les dirigeants actuels ont du mal à se hisser au niveau de leurs illustres prédécesseurs. Mais quest-ce concrètement que ce moteur franco-allemand? Pourquoi ce tandem est-il central dans la poursuite du projet européen? Le Monde du Droit a interrogé Marie Sanchez, qui a récemment fondé le cabinet davocats NOOA Avocats. Kohl, violant le sacro-saint principe de lindépendance de sa banque centrale, appelle Lespace Schengen regroupe aujourdhui 22 Etats membres de lUnion européenne sur 28 et concerne même quatre pays non membres de lUE. Cest un espace de libre circulation des hommes, crée à lorigine en 1985 et élargi en 1995. Il ny a donc plus de contrôle aux frontières entre ces pays, comme entre la France et lEspagne par exemple. Activité 2 ou Groupe 2 : jeu de rôle permettant de confronter et exploiter les documents pour en faire un récit historique un aspect de la coopération par élève, restitution devant le groupe et élaboration dune synthèse commune à lécrit ou à loral prise de notes à destination des autres groupes.
Limage du chancelier allemand Helmut Kohl et de François Mitterrand main dans la main le 22 septembre 1984 à Meuse figure dans tous les livres dhistoire. Ce geste historique avait-il été prévu par le protocole? Sous une pluie glaciale, les deux hommes arpentent les allées dun cimetière où reposent près de 16 000 soldats français. En fin de journée, après 4h de cérémonie, ils pénètrent dans lossuaire de Douaumont où le chancelier allume un cierge dans la chapelle. Ils nont pas pu convenir de quoi que ce soit
13Les intérêts de la France ont été au centre de lanalyse du président, selon un schéma qualifiable de réaliste en référence à la théorie des relations internationales qui voit dans les intérêts et le pouvoir, et non dans les idéaux, le moteur de laction politique. Avec cette approche, plusieurs données de 1989 signalisaient une possible menace dintérêts jugés importants à Paris. Ainsi, depuis le printemps, la relation bilatérale Bonn-Washington semblait avoir regagné en vigueur ; entre ces deux partenaires et Moscou semblait même sétablir une relation triangulaire dont la France était exclue. Que F. Mitterrand nait pas été informé par H. Kohl du plan en dix points le 28 novembre, alors que le Président Bush lavait été confirma cette crainte. Elle nétait dailleurs quen partie erronée et il était logique que Bonn misât sur Washington : pour des raisons structurelles dabord, au regard du statut de protecteur principal quavaient les États-Unis pour la RFA depuis 1945, et pour des causes conjoncturelles, le président Bush ayant donné dès le mouvement de protestation contre les élections municipales truquées en RDA le signal quil se réjouissait des évolutions en cours, qualifiées de chance historique. En outre, les partenaires américains de lAllemagne fédérale étaient les seuls en position de poser la question décisive sur laquelle M. Gorbatchev cédera finalement, celle de lappartenance de lAllemagne réunifiée à lAlliance atlantique. Dans les comptes rendus, on parle indifféremment du geste Mitterrand-Kohl et du geste de François Mitterrand envers Helmut Kohl. Mitterrand qui naimait rien plus que lambiguïté nétait certainement pas mécontent davoir suscité ces interrogations. Quelque temps après la rencontre de Verdun, il expliquait cependant que ce fut un geste spontané: Je crois que jai fait signe au chancelier Kohl mais, comme il a immédiatement tendu la main, je pense que cette idée a dû nous traverser lesprit au même moment. Lemblématique chancelier allemand dans sa ville natale de Ludwigshafen, au sud de lAllemagne. Il avait 87 ans. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien secrétaire général de lElysée et ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand dès 1981, revient samedi 17 juin sur franceinfo sur sur les relations fortes qui unissaient les deux chefs dEtat. Discours de Berlin, 8 mai 1995, Service de presse de la Présidence : Je ne suis pas venu ici célébrer la victoire dont je me suis réjoui pour mon pays en 1945. Je ne suis pas venu souligner une défaite, parce que jai su ce quil y avait de fort dans le peuple allemand, ses vertus, son courage et peu importe son uniforme, et même lidéologie qui habitait lesprit de ces soldats qui allaient mourir en si grand nombre. Ils étaient courageux. Ils acceptaient la perte de leur vie. Pour une cause mauvaise, mais leur geste navait rien à voir avec cela. Il faut sen rendre compte. Le 22 septembre 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main à Verdun : un geste iconique Allocution de François Mitterrand à lissue de son entretien avec Helmut Kohl à Bad Kreuznach le 29 octobre 1984, Service de presse de la Présidence : Nous avons eu de lambition pour nos deux pays. Il le fallait après les déchirements et les destructions. De lambition, cette ambition a donné à lEurope, et particulièrement à lEurope occidentale, un nouveau destin.. Nous avons eu de lambition pour lAllemagne et la France. Que maintenant la Communauté de lEurope ait de lambition pour elle-même et nos deux pays peuvent puissamment y contribuer. Ayons de lambition pour cette Europe.. Ayons de lambition pour lEurope facteur déquilibre mondial,. Ayons de lambition pour lEurope capable de dire son mot et de peser afin que lhumanité se dirige enfin sur le chemin de la paix.. Non pas que nous nous considérions comme le centre du monde,, mais nous sommes des points déquilibre du monde. Réussir lamitié franco-allemande, cest aussi réussir la Communauté de lEurope, et à partir de là, cest réussir à ce à quoi nous aspirons tous, choisir entre la paix et la guerre. Contribuer à lédification de la civilisation, dune civilisation qui saura triompher de tout ce qui prétend aujourdhui la détruire. homologue français, qui nest décidément pas son ami, il a dû accepter que le Deux anecdotes me viennent à son propos. La première est celle dun intellectuel : il mavait offert un livre de Jean Giono, jai oublié lequel. Ou plutôt non, cest à ma femme quil lavait offert, ce qui na rien que de très normal. Cétait aussi un lecteur, un vrai. La seconde est une anecdote de promeneur : il ma demandé un jour de laccompagner sur un parcours de golf. Je lai suivi, je lai regardé jouer et je lai écouté. Il parlait très bien des arbres. Ce qui ma frappé à chacune de nos rencontres-nous nous sommes vus assez souvent, de manière assez intime, familiale, cest que jamais, mais vraiment jamais, il ne parlait de politique. Face à lossuaire, alors que la Marseillaise retentit, Helmut Kohl et François Mitterrand se prennent la main. Daprès Daniel Groscolas, en charge du protocole ce jour-là, ils nont pas pu convenir de quoi que ce soit, puisque linterprète nétait pas présent à ce moment précis. Pour François Mitterrand, ce geste constitue la réparation dune injustice. En effet, quelques mois plus tôt, lAllemagne était exclue de la cérémonie du 40e anniversaire du débarquement sur les plages de Normandie. Cette poignée de main acte la phase de la paix entre les deux pays. Cet ouvrage dirigé par Jérôme Pozzi est issu dune journée.. La boîte à archives Lescapade sylvestre de Mitterrand et Kohl à Dabo.