Cest hasarder notre vengeance que de la reculer. De Même lors dune simple lecture, cette pièce est agréable. Jai vu Sganarelle face à tel Wilson face à House, impuissant mais méritablement inépuisable. Mon esprit na pu sempêcher de faire le lien avec dautres oeuvres, comme par exemple Ruy Blas où une statue a aussi un rôle capital.-Dernier avatar : La Nuit de Valognes, dEric-Emmanuel Schmidt années 90 : Dom Juan, vieilli, est jugé par ses victimes, qui Gusman : Attention! Ce nest pas un valet mais un écuyer. Il a été chargé par la famille de veiller sur Elvire et de retrouver Dom Juan. Cest un homme de confiance. Bon et tout puissant. Il prend plaisir à défier Dieu. DOM JUAN-Tu nas quà voir si tu veux gagner un louis dor ou non, en voici un que je te donne si tu jures Tiens. Il faut jurer.
Décontenancé par cet évènement surnaturel, Don Juan tente doublier et rentre chez lui où lattend son détracteur M Dimanche. Puis il feint de sétonner de linefficacité de la dévotion : et déplore lingratitude divine.
LE PAUVRE. Je suis un Pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manqueray pas de prier le Ciel quil vous donne toute sorte de biens, Molière : Philosophie, Paris, Albin Michel, 2000, 189 p. Acculé par le libertin, le Pauvre confesse sans sen rendre compte un mode de prière pour le moins problématique, voire dégradé : sa prière sattache à la prospérité de ses bienfaiteurs, et non à leur salut à leurs biens, non à leur Bien. Cest peut-être là la part la plus subversive de la scène, plus encore que la tentation : Molière déchire le manteau de la religion ; le Pauvre semble une variante du Tartuffe, même sil est inconscient de la corruption dont sa prière est entachée-il ne faut pas négliger de le dire à loral si vous avancez cette remarque. DOM JUAN-Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur. DON JUAN. Ah! nallons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même quelle y vient épouser ; et le hasard me fit voir ce couple damants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je nai vu deux personnes être si contents lun de lautre, et faire éclater plus damour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de lémotion ; jen fus frappé au coeur et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir dabord de les voir si bien ensemble ; le dépit alarma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon coeur se tenait offensée ; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et jai recours au dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourdhui régaler sa maîtresse dune promenade sur mer. Sans ten avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et jai une petite barque et des gens, avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle. Non, cest effectivement mélangeant mais Dom Juan est bien déguisé en campagnard. Je cite le livre de Molière étudié par MICHEL FOREST, Ed. Beauchemin : Acte II Scène 1: Don Juan, Sganarelle. Don Juan, déguisé en campagnard et Sganarelle, en médecin, parlent de leurs croyances en médecine et en religion. DONE ELVIRE. Non, vous dis-je, ne perdons point de temps en discours superflus. Laissez-moi vite aller, ne faites aucune instance pour me conduire, et songez seulement à profiter de mon avis. Dans lacte I, scène 1, Sganarelle précise quil déteste son maître mais doit le suivre, plus par lâcheté que par sens moral. On peut néanmoins sinterroger sur les véritables raisons qui le motivent. En effet, il ne cesse dimplorer son maître de se repentir et le menace du châtiment divin. Il y a quelque chose de paradoxal dans son attitude. Sans doute Sganarelle, du point de vue de la société, trouverait dans lordre des choses que Dom Juan meure. Il nen nest pas moins fasciné par cet homme dexception, qui, par sa personnalité, par sa transgression, prend une dimension monstrueuse. Sans doute se demande-t-il jusquoù Dom Juan peut aller.. Ainsi Sganarelle ne souhaite pas vraiment que Dom Juan meure. Pourtant à la mort de ce dernier, il ne le regrettera que parce quil lui devait de largent, mes gages! mes gages, tandis que le Sganarelle social justifiera et acceptera la mort de Dom Juan.
Dans le même ordre didées, on peut rappeler que les pompiers capucins sont intervenus dix fois sur quinze représentations, ce qui semble indiquer que les effets de pyrotechnie nétaient pas au point : Labîme enflammé où dom Juan disparait au V e acte nécessitait sans doute un surcroît de capucins. Un spectacle de circonstance? Oui, hélas, le fanatisme lié à lignorance a encore de beaux jours devant lui..