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Charles Juliet Rencontre Avec Samuel Beckett

Ssitesallmodulesbibliosearchcssimagesamazon-actif.png 16Beckett, réduit à la précarité et toujours fidèle à lécrivain qui a été pour lui un modèle à la fois esthétique et moral 9, accepte lhumiliation que Joyce lui fait subir, mais nest plus prêt à jouer les faire-valoir comme au moment de la parution d Ulysse en français. La Plus Fragile, collages de Raquel, Orange Export Ltd, 1977 espace plongé dans la pénombre, présente la projection de quatre uvres LIncessant, théâtre, Fourbis, 1989 ; P.O.L, 2002 qui fait que bien des êtres se sentent perdus et ne -Jusque là, javais cru que je pouvais faire confiance à la connaissance. Que je devais méquiper sur le plan intellectuel. Ce jour-là, tout sest effondré. Qu est-ce que l histoire de l art, sinon d abord une suite d étude de cas? Roland Recht, À quoi sert l histoire de l art? Entretiens avec Claire Barbillon, Paris, Textuel, 2006, p 14. Voir aussi Jean-Claude Passeron et Jacques Revel : la pensée par cas se retrouve toujours peu ou prou dans toutes les démarches d une science historique J-C. Passeron et J. Revel dir, Penser par cas, Paris, EHESS, 2005, p 28. Cité et repris par Thierry Davila, De l inframince : brève histoire de l imperceptible de Marcel Duchamp à nos jours, Paris, Éditions du Regard, 2010, p 23-28. La vie affleure, œuvres originales de, éditions Dorny nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas? Plus vers lenfant. Renversé vers toi. Tu regardes en bas le cher visage ami. Charles Juliet. Non, on ne peut rechercher légarement. Il sest produit en moi à lâge dun mois une fracture psychique extrêmement grave. Cest très longtemps après avoir écrit Lambeaux que jai pu comprendre ce qui sétait passé. Aidé parfois par certaines lectures. Notamment celle de Winnicott. Il parle de cette détresse impensable dont sont la proie les bébés ayant subi une grave fracture psychique. Cette détresse impensable est celle dun bébé qui subit une souffrance contre laquelle il na aucune défense. Cette souffrance latteint donc de plein fouet et elle va laisser de profondes séquelles. A tel point que lorsque ce bébé sera devenu adulte cest Winnicott qui dit cela, et je crois quil a vu des centaines et des centaines de personnes dans ce cas, cet adulte évoluera vers la délinquance grave, vers la maladie mentale ou vers le suicide. Cest en principe le destin qui aurait dû être le mien. Mais à lâge de trois mois, jai été placé dans une famille, de sorte que cette femme est devenue ma mère. Elle ma donné beaucoup daffection, et je suppose que laffection que jai reçue a compensé pour une grande part cette blessure initiale. Toutefois, il est vrai que jai porté pendant toutes ces années une très grave culpabilité. Javais le sentiment, évidemment inconscient, que jétais responsable de la mort de ma mère. Car ma mère est tombée gravement malade. Par la suite elle est morte de faim dans un hôpital psychiatrique. Il faut savoir en effet que les Allemands pendant la guerre ont fait mourir de faim quarante à cinquante mille personnes qui se trouvaient dans ces hôpitaux. Donc, dans mon cas, sil y a eu égarement, on ne peut pas dire quil était provoqué. Au contraire, tout mon travail décrivain a consisté à réduire les effets de cette fracture. De fait, à ladolescence, jai traîné de gros problèmes. Mais je suis parvenu à les dominer, à ne pas commettre dactes autodestructeurs ou antisociaux. Quand je me suis mis à écrire, pendant des années, jai été en pleine détresse, et cest vrai que jai frôlé le suicide à maintes reprises. Donc nimaginez pas que jai voulu ce que jai subi. Je peux dailleurs vous parler de tout cela avec détachement, car jen suis à bonne distance. Pour revenir à Beckett, puisque cest surtout de lui quil faut parler, on peut dire quil a été frappé de mort psychique par sa mère, laquelle était une femme profondément névrosée, tantôt très aimante tantôt rejetante. Quand il était tout jeune, Beckett ne cessait de pleurer. De même dailleurs moi à ce quon ma raconté : dans les mois qui suivent la naissance, la mère et le bébé vivent en un état de totale fusion. Si on les sépare, le bébé est comme coupé en deux, doù une souffrance insupportable, doù les pleurs. Très vite, il y eut conflit de volonté entre Samuel et sa mère. Il ne voulait jamais plier, car il lui fallait se protéger. Une fois, sa mère la battu, elle sest fait tellement mal à la main quelle a dû prendre un bâton pour continuer à le frapper. Beckett na cessé daimer et de haïr cette mère, doù la culpabilité. Il est passé par des dépressions extrêmement graves. Dans Colloque sentimental. La pièce est créée en français à Venise, charles juliet rencontre avec samuel beckett Lorsque commencent ces rencontres, Charles Juliet est un homme en proie au doute, à la détresse ses journaux rendent bien compte de ces années noires et Bram van Velde un artiste dont la notoriét.. Dégale longueur qui composent Molloy. Dans le premier récit, Molloy, http:bks9.books.google.combooks?idmeJWAAAAYAAJprintsecfrontcoverimg1zoom1 charles juliet rencontre avec samuel beckett entre les deux langues, Beckett revient à langlais https:books.google.combooks?idS5MbAQAAIAAJieISO-8859-1sourcegbs_ViewAPI 34Lorsque Beckett définit la véritable conscience comme le chaos, une commotion mentale grise, sans prémisses ni conclusions ni problèmes ni solutions ni procès ni jugements, il semble annoncer tout leffort à venir de sa prose de sen tenir à un récit potentiel, inachevé, avorté aussitôt quamorcé, à limage de ma vie, je veux dire sans le courage de finir ni la force de continuer 25. La force de ce qui se formule dans ces lettres de lété 1937, et peut-être plus encore dans celle à Manning Howe, vient de ce quelles donnent forme au vide qui traverse Beckett, à cet état de coanesthésie mentale où il se sent sombrer au quotidien, et qui est en même temps extase. Le sens de cette nouvelle esthétique ne tient pas à une idée abstraite de lart, aussi neuve soit-elle : il est indissociable de cette expérience vécue du vide, qui saffirme dans les deux lettres de la même manière, Je ne fais rien. Aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour charles juliet rencontre avec samuel beckett à Jujurieux, dans lAin, Charles JULIET a une enfance paysanne sur ce qui caractérise un art de lempêchement, cet art serait de lordre dune fidélité à léchec de la représentation et de la révélation Charles Juliet. Ce quil faut savoir aussi, cest quon ne choisit pas décrire ce quon écrit. On écrit ce quon peut. Il ny a aucune décision, rien de délibéré, chaque poème que jai écrit ma été donné. Mais quand jécris une prose, il en va différemment. Leffort décriture est alors tellement important, tellement intense, que la pensée en est comme obnubilée. Jai beaucoup de difficulté à voir où je vais. Javance pas à pas. Nous allons voir comment Bram van Velde a traversé ce calvaire que Samuel Beckett a décrit dune phrase définitive : Il ne peut peindre alors quil est obligé de peindre. Avoir une telle aperception dun pareil destin fait sûrement partie du sinthome de Beckett.